Pourquoi lire King Kong Théorie m’a libéré d’un poids invisible

Avant toute chose, je tiens à préciser que cet article est différent des autres. Moins poétique, aucun angle arrondi mais seulement du polémique, de l’émotion brute. Après cette lecture, je ne pouvais pas rester indifférente. Parce que je suis femme. Parce que j’ai connu certaines de ces situations qu’elle décrit. Parce que je n’en peux plus de cette société malade. Parlons maintenant de King Kong Théorie et ce que Virginie Despentes m’a fait comprendre.

  • Le droit à la colère

Je suis arrivée à un stade dans ma vie où, quand je débats avec un homme des questions du féminisme, du sexisme, des discrimination de genre, ça ne peut presque jamais être une discussion calme. On me reproche ma colère, mes émotions bouillonnantes. Avec ce livre, je me sens légitime d’être en colère et de leur dire : allez vous faire foutre !

Non, l’émotion n’est pas quelque chose qui me discrimine. Au contraire, cela rend ma parole plus légitime, plus concrète. Comment défendre une cause si ses injustices ne provoquent aucune colère ? Nous touche-t-elle vraiment si on ne ressent rien ?
J’ai le « malheur » d’être (hyper)sensible, je vis les choses avec intensité, tout me touche sans demi-mesure. Alors non, je ne peux pas rester froide quand quelque chose me touche parce que c’est dans ma nature profonde.

Je préfère ma colère à la soumission silencieuse qu’on me souhaite. Je préfère être émotive qu’être desséchée. Je préfère être qui je suis, avec tout le bagage émotionnel que ça implique que de n’être plus qu’une coquille vide. C’est mon droit, je le prends et je l’affirme avec fierté.

Oui, je suis en colère.
Non, tu n’as jamais gagné le droit de me dire de me taire.

  • Je suis une femme « masculine » et c’est mon droit

Depuis toute petite, j’ai toujours eu du mal à accepter tout ce qui avait attrait à mon sexe. Certes, je suis une femme cis mais mon genre était intrinsèquement lié à ce qu’il y avait entre mes cuisses.

Depuis aussi loin que je me souvienne, je détestais les jupes, le rose, les activités dites féminines (la mode, le maquillage, la cuisine, jouer à la maîtresse ou à la mère de famille). Ce ne sont que des détails, me direz-vous, mais tout ce qui correspondait aux stéréotypes du genre féminin, je l’avais en horreur. Je ne voulais pas, je n’étais pas.

Depuis très jeune, j’avais conscience que quelque chose clochait, qu’être ces stéréotypes me seraient nuisibles. Je me suis construite avec le rejet de la féminité dans sa signification la plus cliché : aimer les fleurs, les paillettes, le maquillage, être douce, docile, devenir mère, s’occuper du foyer, etc.

Il n’y a que récemment, outre ce livre, que j’ai pris conscience que ces activités ne sont pas à celles des femmes. Ne pas les aimer ou les faire ne me rend pas plus masculine, non plus. J’ai également appris que ma masculinité fait aussi de moi une femme. Pas celle qu’on attend mais je n’en suis pas moins féminine.

  • Ce n’est pas mon sexe, le problème, c’est ce que vous en faites

Il est difficile, en tant que femme, d’évoluer dans une société où on nous renvoie constamment à notre corporalité, que ce soit le sexuel ou le maternel. On connaît, bien évidemment, l’exemple du pot de yaourt. Mais on oublie trop souvent la politique nataliste en France.

J’aimerai, un jour, me détacher de cette binarité de l’être : l’âme ou le corps. Je ne veux plus que l’homme ne soit réduit qu’à sa force brute et intellectuelle, je ne veux plus n’être que le vagin qui recueille le fruit de sa jouissance pour enfanter.

Comme beaucoup de femmes, les images publicitaires m’ont nourrie et en quelque sorte m’ont éduquée. Comme beaucoup de femmes, on m’assigne une étiquette qu’on me collera tant que mon apparence ou mon comportement le laissera entendre. Comme beaucoup de femmes, j’ai donc gagné le respectable et honorifique titre de la salope. (Et vous reprendrez un peu de thé, ma chère ? S’il vous plaît, n’oubliez pas de serrer les cuisses, ce n’est pas convenable pour une lady !)

Comme la maternité n’est pas dans mes projets, il était évident que l’étiquette de la salope me sierait à merveille. Il faut bien choisir entre la sainte vierge et la pute, n’est-ce pas ?

À comportement égal, les hommes cis n’auront jamais à se soucier de leur réputation, au gobelet laissé sur le coin d’une table ou à l’ombre qui les suit, le soir. Mais au lieu de m’époumoner sur ce superbe qualificatif, j’ai décidé de me l’approprier. Si je dois être une salope, alors j’en serai une. Si je dois sortir au risque de me faire agresser, je sortirai.

Avec ce livre, j’ai eu envie d’être fière d’être une femme, fière de crier ma colère. Et même si je suis née avec « le sexe faible », mon vagin ne m’empêchera pas de vivre, point.

2 commentaires sur “Pourquoi lire King Kong Théorie m’a libéré d’un poids invisible

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  1. Bon jour,
    Tant qu’on opposera les hommes et les femmes, il y aura des dissensions … le coeur du sujet est de placer dans nos sociétés le mot : humain.
    Max-Louis

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    1. Bonjour,
      Tant que les oppresseurs choisiront d’oppresser, il y aura toujours cette dissension.
      Le cœur du sujet est de le leur faire comprendre. Et non de le reprocher aux oppressés ?

      J'aime

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